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Au Maroc, l’inclusion financière comme clé du développement

Une vision économique et politique

En Octobre dernier, le Roi Mohammed VI a prononcé un discours pour marquer l’ouverture de la nouvelle session législative. Dans ce rendez-vous annuel, qui habituellement fixe les objectifs en matière de politique publique pour les 12 mois à venir, il a appelé les banques à jouer « un rôle plus important » dans le développement du pays. Il a spécifiquement fait référence à la « simplification et la facilitation de l’accès aux prêts… et le financement et la création des petites et moyennes entreprises ».

Ensuite, le 19 Novembre le Roi a reçu Chakib Benmoussa, en le chargeant avec la présidence de la nouvelle Commission Spéciale sur le Modèle de Développement. Comptant parmi ses membres des entrepreneurs, des anciens haut-fonctionnaires et membres de la société civile, le but de cette commission et d’élaborer et d’implémenter un nouveau plan de développement, avec la lutte contre le chômage des jeunes et les inégalités territoriales comme lignes directrices.  

À la fin de Janvier 2020, le Maroc a dévoilé un plan justement pour structurer l’approche au financement des PME. Les taux d’intérêt seront plafonnés à 2% dans les agglomérations urbaines et à 1.75% en zones rurales, et une enveloppe de 6 milliard de MAD (US$ 620 millions) sera déployé sur une période de trois ans. Les lignes de crédit et les prêts existants seront refinancés a des taux préférentiels de 1.25%, – 100 points inférieur au taux actuel. Ce plan n’est que le pas le plus récent dans une stratégie globale axée sur l’accès au financement. Ces trois évènements ne devraient pas être interprétés de manière isolée, car ils sont trois piliers de la même stratégie. Les références à « l’accès aux prêts » et au « financement » ne pourraient pas être plus claires, et sont une reconnaissance de la puissance et du rôle de l’inclusion financière dans le développement économique.

Par définition, l’inclusion financière vise les secteurs de la population qui n’ont pas accès aux services financiers. Dans des nombreuses économies émergentes, les femmes, les jeunes, et les populations rurales sont les moins exposées à ces services. Selon le Doing Business Index de la Banque Mondiale, les banques, les institutions de microfinance et les autres prêteurs au Maroc n’ont des données que sur 31.6% de la population, ce qui se traduit dans un taux de non-couverture bancaire relativement élevé.

Vulnérabilités structurelles

Toujours selon la Banque Mondiale (Findex Data), la demande de financement de la part du secteur informel s’élevé a 49% de celle du secteur formel, la deuxième proportion plus élevée de la région. La demande totale du secteur informel est de US$ 21 milliards. La divergence du taux de couverture entre hommes et femmes et de 25%, et augmente d’année en année. La demande de financement des TPME gérées par des femmes est de US$ 13 milliards, et US$24 milliards pour celles gérées par des hommes. Le taux de couverture bancaire, de 30-32%, est largement inférieur à la moyenne régionale de 44%. Pour les femmes, il est de 17%. Le GINI du Maroc – un indicateur qui chiffre l’inégalité de 0 à 1 ou 1 est un « état d’inégalité maximale » – est de 0.4, largement supérieur à celui des pays voisins.

Ces chiffres résument brièvement une faiblesse structurelle : les déficits financiers sont considérables, avec des fractures encore plus importantes lorsque les différences de genre et régionales sont prises en compte. Ce sont des vulnérabilités majeures qui peuvent devenir des tests existentiels pour le pays. Ces données montrent que la structuration du financement aux PME n’était pas uniquement nécessaire, mais urgente, et qu’il faudra faire davantage pour solidifier l’écosystème des PME.

Néanmoins, ces vulnérabilités ne sont pas absolues, et certaines peuvent même se révéler des opportunités. Par exemple, en Juin 2019, les connexions « mobiles » composaient 93% de toutes les connexions internet nationales. La combinaison de la jeunesse de la technologie est le signal d’un espace exploitable pour l’innovation. Dans cette logique, l’opérateur de téléphonie mobile Inwi a lancé un service de paiement mobiles, Inwi Money, en Septembre 2019. En Janvier 2020, ce service avait 140,000 usagers, et Inwi se prépare à franchir le seuil d’un million en 2021. La Banque Centrale (Bank Al-Maghrib) prévoit 6 millions d’usager dans tout le secteur d’ici 2024. Avec le but similaire de développer l’inclusion financière, Al – Barid Bank a été lancée en 2010, utilisant l’extension capillaire du réseau postal national pour atteindre des zones rurales. C’est une preuve de pragmatisme qui reconnait soit la puissance des méthodes innovatrices, soit les réalités démographiques et géographiques du pays. Al-Barid a plus de 1.800 filiales, dont 1.200 dans des zones rurales, et a comme mission « la facilitation de l’accès aux service financiers et l’augmentation du taux de bancarisation au Maroc ». De plus, le Maroc dispose de deux bureaux d’informations sur le crédit, ce qui fait de ce pays un leader régional en matière de partage d’information financière.

Le plan de financement aux PME, avec ces actions parallèles, montre que certains problèmes socio-économiques ont été au moins diagnostiqués et que des solutions sont proposées.

Il souligne également la participation et le soutien du secteur privé pour accélérer l’inclusion financière. L’intervention du Roi sur ce thème souligne l’importance politique qui lui est accordée. Des taux plus bas, le refinancement des prêts, ainsi que la communication et une campagne de sensibilisation devraient contribuer grandement à atteindre les objectifs fixés.

Un pas supplémentaire

Deux exemples de solutions innovatrices qui catalyseraient l’accès au financement sont l’automatisation du processus d’octroi et le développement de la « psychométrie ». Prêter aux PME veut dire être confronté à une situation paradoxale : si les prêts aux PME sont traditionnellement inférieurs à la moyenne et représentent théoriquement moins d’exposition pour les banques, leur taille relativement négligeable ne permet pas aux banques de consacrer beaucoup des ressources à leur gestion. L’automatisation est une solution fiable et éprouvée, et permettrait une gestion des demandes de prêts uniforme, centralisée, rapide et libre de subjectivité humaine. Les banques auraient donc un système rentable (des couts opérationnels inférieurs), même pour des prêts de petite taille. Ces plates-formes géreraient la demande de prêt dès le début jusqu’a à la « recommandation », éliminant l’analyse manuelle.

La « psychométrie » est un deuxième exemple de comment des solutions non-traditionnelles peuvent augmenter l’inclusion financière de manière dramatique. Les PME qui essayent d’avoir du financement – surtout dans les phases initiales de leur activité – sont également présentées avec un problème apparemment intraitable : comment développer un historique de crédit quand aucune banque ne veut vous prêter de l’argent, souvent à cause d’une hyper-vigilance et une réticence liée au risque ?

Bien que tout le monde ne dispose pas d’un historique de crédit, chacun a une personnalité. La psychométrie construit et analyse un profil de risque basé sur les traits de personnalité et les réactions émotionnelles, suite à de tests psychologiques élaborés et approuvés par des experts. Un quiz de 3 à 5 minutes testant des notions comme la maturité, la responsabilité, le concept de « limites », la conception de son l’avenir et la perception de soi suffit pour évaluer, de manière précise, ces traits et les appliquer à des modèles de « prédiction des risques » pour les consommateurs et les PME. Avec des profils de risque et des données supplémentaires, il devrait être plus simple et plus avantageux de prêter pour les banques. 

Le Maroc a été à l’avant-garde de la promotion de l’inclusion financière, en utilisant les nouvelles technologies ainsi que les méthodes traditionnelles. Bien entendu, l’étape suivante sera liée à l’introduction des solutions avancées pour véritablement atteindre une couverture universelle et donner une chance à ceux qui, malgré tous les efforts formels, restent non desservis, mal desservis ou font toujours partie du secteur informel / non-couvert. Dans une économie dépendante de secteurs particulièrement vulnérables aux chocs externes, comme le tourisme et l’agriculture, un écosystème de PME robuste ne ferait qu’augmenter la résilience systémique. 

Nelson Madeddu

Global Consultant, Creditinfo Group

 

Les fraudes liées au Coronavirus « Covid-19» et comment les identifier?

Depuis le début de la pandémie, les rapports de fraude liés au coronavirus ne cessent d’augmenter. Les fraudeurs tirent parti de la pandémie COVID-19 pour prendre votre argent ou vos renseignements personnels.

Afin de préserver votre sécurité et celle de vos proches, nous vous aidons à identifier ces risques de fraudes.

Les cas de fraudes les plus courants sont les suivants :

  • Courriels non sollicités : Il s’agit de courriels vous invitant à cliquer sur une pièce jointe. Ces fraudes par hameçonnage (ou phishing) amènent les utilisateurs sans méfiance à transmettre leurs informations de connexion.
  • Malware mobile : Des applications non réglementées supposées communiquer les dernières nouvelles et statistiques sur le Covid-19 ont en fait pour but d’usurper les données sensibles des utilisateurs.
  • Donations : Faites des recherches avant de cliquer sur des liens supposés fournir des renseignements sur le virus ; faire un don à un organisme de bienfaisance en ligne ou par l’entremise des réseaux sociaux ; contribuer à une campagne de financement participatif ; acheter des produits en ligne ; ou renoncer à vos renseignements personnels afin de recevoir de l’argent ou d’autres avantages.

Protégez-vous :

  • Ne communiquez pas vos données personnelles à moins que vous ne soyez sûr du destinataire.
  • Ne cliquez pas sur les liens, pièce-jointe de vos courriels et de vos messages sans vérifier l’identité de l’expéditeur. Vérifiez l’adresse avec attention et faites attention à d’éventuelles anomalies.
  • Faites des recherches avant de faire un don à des organismes de bienfaisance et à des sites web qui vous demande de communiquer vos données personnelles.
  • Assurez-vous que toutes les informations que vous recevez proviennent de sites web / sources vérifiés ou par l’intermédiaire des canaux gouvernementaux.

Que faire si j’ai été victime d’une fraude?

Signalez-le immédiatement aux organisations gouvernementales anti-fraude.

Vous souhaitez avoir plus d’informations ou connaître les dernières mises à jour sur le Covid-19 ?

Visitez le site web de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) :  https://www.who.int/about/communications/cyber-security

Nous espérons avoir été en mesure de vous aider à identifier les risques de fraude liés au Covid-19. Pour toute information complémentaire, contactez-nous à l’adresse : consommateurcb@creditinfo.co.ma

Keep calm, Stay Home, Stay Safe.

#TogetherApart #OneCreditinfo

 

Il est grand temps de renforcer les « prêts mobiles » dans l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine

Avec des nombreux pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) confrontés à des mesures de confinement ou de couvre-feu à cause du Covid-19, les agences bancaires moins fréquentés ou vides et la mobilité de la population réduite ; les arguments en faveur d’un écosystème robuste et fiable de « mobile money » n’ont jamais été si pertinents ou si forts. Dans des marchés internationaux où les « prêts mobiles » sont naissants ou inexistants et le marché du crédit est relégué à une interaction physique entre le prêteur et le client, des mesures telles que l’isolation et le confinement général équivalent a une condamnation à mort. L’industrie du crédit est paralysée car la communication physique essentielle devient impossible. D’autre part, le ou les « portefeuilles digitales » et le « e-money » sont monnaie courante, ces complications potentielles n’ont aucun impact.

Dans la région UEMOA, plusieurs initiatives de ce type sont déjà en place. MoMo Kash, une « mobile money solution » de MTN en Côte d’Ivoire affiche déjà plus de 5.000.000 d’usagers. MTN déploie une solution similaire au Benin. Orange Bank prévoit un lancement en Côte d’Ivoire cette année. D’autres solutions, comme Moov, montrent que les graines ont été plantées et sont prêtes à pousser. La croissance dans ces marchés a été incitée par une concurrence « saine » et un cadre de régulation précis.  La complémentarité du Bureau d’Information sur le Crédit (BIC), comme montre l’expérience de Creditinfo Kenya est essentielle, et souligne l’importance d’une plateforme comme celle-ci, pour s’assurer d’un fonctionnement continu, fiable, efficace en matière de suivi de risque et d’octroi de prêts.

Néanmoins, bien qu’il y ait beaucoup de points positifs, il reste des étapes clés à franchir. Un obstacle fondamental qui doit être levé est la difficulté d’obtenir le consentement du client de manière digitale ou en ligne. L’intégration numérique et digitale (digital onboarding) est fondamentale en temps normal, mais critique en temps de crise. Elle permet aux communautés rurales, éloignées des agences bancaires de bénéficier d’un accès au financement facile et immédiat. L’intégration digitale réduirait l’affluence dans les agences, et rendrait les petits prêts à court terme (qui autrement ne le seraient pas) financièrement viables et rentables pour les banques. Elle réduit les coûts, les erreurs et la subjectivité qui sinon restent des composants structurels de la décision humaine. Avec des personnes bloquées chez elles, l’intégration et le décaissement numériques peuvent être effectués en quelques clics, injectant ainsi de l’argent « réel » dans l’économie, et permettant de payer les factures et les fournisseurs. Tout cela devient impossible si un entrepreneur  doit signer physiquement un formulaire dans une agence. Il est essentiel d’intégrer le « digital onboarding » comme prochaine grande réforme de l’industrie du crédit. Ceci doit être complémenté par l’obligation de consulter le BIC lors d’une demande de prêt, aussi pour éviter le phénomène de taux de défaut élevés observé jusqu’à maintenant. Pour ce faire, Creditinfo a développé et mettra en place un « score mobile » qui sera idéalement adapté à l’analyse du risque. La technologie et l’infrastructure ne sont pas seulement un impératif commercial, mais aussi économique, et il faut désormais une révolution dans la région.